8 sept. 2009

Expérimentations artistiques et scientifiques

Laboratoire Espace Cerveau / station 1 - IAC Villeurbanne
Du 19 juin au 16 août 2009

Avec la participation de
- Elisa Brune : Ecrivain (romancière, essayiste) et journaliste scientifique
- Denis Cerclet : Anthropologue, maître de conférences, Universite Lumière Lyon 2
- Arnauld Pierre : Historien de l’art, professeur à l’Université Paris IV Sorbonne
- Jean-Louis Poitevin : Docteur en philosophie, écrivain et critique d’art
- Pascal Rousseau : Historien de l’art et commissaire d’exposition, maître
de conférences à l’Université François Rabelais de Tours

Présentation du Laboratoire

Le principe du laboratoire espace cerveau est né de constats mutuels.
Depuis les années 80, Ann Veronica Janssens explore de multiples approches
de la perception, de l’espace, confrontant perte de repères et sensations de réel.
Elle fait appel aux compétences de spécialistes plutôt scientifiques, afin d’élaborer
de façon volontairement intuitive des zones de sensibilité et d’acuité. Aujourd’hui,
au vu de l’accélération des données scientifiques, Ann Veronica Janssens a choisi
de mettre l’accent sur l’expérimentation par la mise en œuvre d’un immense « chantier » d’investigations et de prototypes.


Après de nombreuses expositions consacrées à des artistes comme Rodney Graham, Carsten Höller, ou des expositions collectives telles que Maisons-Cerveaux (1995) et Subréel (2002), cristallisant chacune à leur manière
des questions d’espace et de perception, Nathalie Ergino tente d’évaluer l’enjeu artistique de ces différentes propositions. En apparente filiation avec les approches des années 50-70, ces démarches sont pourtant différentes, déjà de par leur inscription temporelle dans une époque à la fois d’application (cybernétique, électronique..) et de recherche scientifique accrue. Peut-on encore désigner l’inconscient comme outil potentiel du réel, peut-on avancer aujourd’hui la notion de « perception critique » ?

En effet, les recherches scientifiques actuelles renouvellent notre approche de l’espace et de son articulation avec le cerveau. Des avancées neurophysiologiques aux découvertes physiques (physique quantique, théorie des cordes, nanosciences…), l’appréhension du monde a basculé de l’espace euclidien vers un espace encore indéterminé, en mutation. Si depuis toujours, en passant par la Renaissance perspectiviste, la pensée spatialise et construit le monde, peut-on encore parler aujourd’hui de sa représentation ? Comment le fait politique peut-il alors se renouveler ? Que deviennent les enjeux de l’art ?

Ce projet se propose d’explorer l’extension cognitive et phénoménologique de la pensée, à travers notamment la considération du « corps en acte(1)» comme élément constitutif du monde. Il prend ainsi pour hypothèse de dépasser
les traditionnelles dualités, et les conditionnements qu’elles recèlent :
objectivité / subjectivité, conscient / inconscient, centralité / décentrement, matérialité / immatérialité …

Plutôt que d’envisager les relations du cerveau à l’espace, ce Laboratoire entend prendre appui sur l’espace même. D’une part comme possible synonyme du fait artistique, d’autre part comme extension de l’œil, du cerveau et du corps. McLuhan(2) évoquait cette extension au niveau planétaire, « c’est son système nerveux central
lui-même que l’homme jette comme un filet sur l’ensemble du globe dont il fait ici un immense cerveau vivant ». Pourquoi ne pas imaginer à présent le cosmos comme un cerveau ? L’art pourrait constituer un mode opératoire, intuitif et mobile, susceptible de relier recherches neuroscientifiques et physiques-astrophysiques.

Dès la fin des années 50, de nombreux artistes ont mis en pratique de nouvelles approches de la relation au spectateur-visiteur. D’une posture égocentrée, qui traduisait plastiquement leur sensation, ils sont passés à des propositions de type « allocentré », où la perception du monde était alors comme donnée en partage, selon un processus où le « soi » et l’autre se fondaient, laissant place à l’émergence de l’expérience en tant que telle. Il importe donc que le Laboratoire espace cerveau (Station 1) décrypte et réexamine ces démarches artistiques passées, au regard des pratiques artistiques contemporaines.

Au-delà des effets visuels de l’art optico-cinétique, les œuvres ici convoquées, souvent tridimensionnelles, relevant davantage de procédés cybernétiques ou psychédéliques, ont généré un nouveau rapport à l’espace par leur dimension immersive, l’introduction de la lumière et du mouvement comme matériaux premiers, suscitant également des effets d’hypnose ou de « rêve éveillé » (appareils de Nicolas Schöffer, de Brion Gysin…). Sur un mode plus métaphysique et à la suite de Lucio Fontana, James Turrell entreprend par ailleurs la conquête de l’infini, postulant la perception comme un médium en soi.


Quels sont les fondements et les caractéristiques des recherches aujourd’hui de Micol Assaël, Olafur Eliasson, Cerith Wyn Evans, Bertrand Lamarche, Carsten Nicolaï ou Carsten Höller… ?


Déroulement du Laboratoire espace cerveau
Si l’objectif du laboratoire est de prendre part à la réflexion sur ces bouleversements qui traversent la société toute entière, il consiste également à contribuer au développement des recherches artistiques en cours, sans certitude pour autant d’aboutissement.

Dans l’attente d’une éventuelle exposition, le Laboratoire espace cerveau se développera par étapes, en « stations », jusqu’à l’horizon 2011, sous différentes formes : journées d’études, conférences, interventions, présentations d’œuvres, constitution d’une documentation, publications, blog…

Unité d’exploration, le Laboratoire va ainsi traverser différents « champs » : neurosciences, physique et astrophysique, nanosciences, objets mathématiques
et topologie, nouvelles technologies, parapsychologie, hypnose et télépathie, chamanisme et animisme, ou encore espaces de la non-vision…


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(1) Conférence d’Alain Berthoz, « Espace et cognition », novembre 2005


(2) McLuhan en 1964, commenté par Arnauld Pierre, « L’œil multiplié », catalogue de l’exposition
« L’œil moteur. Art optique et cinétique 1950-1975 », Musée d’Art moderne et contemporain
de Strasbourg, 2005


http://laboratoireespacecerveau.i-ac.eu/


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