29 nov. 2008

communiqué de presse

Trois ans après l’exposition Transmission 1 dont l’objectif était d’étudier en quoi une œuvre d’art peut justement être considérée comme un outil de transmission, il s’agit aujourd’hui de reconnaître les malentendus, les altérations, les incompréhensions, les hiatus, les confusions et autres contresens produits justement par tous les processus de transmission. Il sera question de pointer ces dysfonctionnements, discrets ou manifestes, tous ces ratages qui font que la pensée est moins linéaire qu’il n’y paraît, et que la communication est surtout affaire d’interprétation.

La reconnaissance de cette discordance est au fondement d’une conception de l’art reposant sur la différence, la subjectivité et l’interprétation. Conception qui revendique sa capacité de dévoiement à l’égard d’un idéal de transparence et de vérité vers laquelle la traduction serait tentée d’accéder. Car, porté par la profondeur de l’impulsion à vouloir transmettre la vérité d’une pensée ou d’une expérience, le fantasme d’une communication transparente traverse les époques. Depuis le mythe babélien d’une langue universelle, jusqu’aux théories des correspondances, en passant par l’idéologie positiviste d’une traduction sans perte aidée par l’informatique.

L’exposition aura pour titre Double Bind / Arrêtez d’essayer de me comprendre ! en référence, d’une part à la notion de « double contrainte » de la traduction - à la fois nécessaire et impossible - et, d’autre part, à une injonction du psychanalyste / philosophe Jacques Lacan faite à l’un de ses étudiants qui semblait trop soucieux de vouloir saisir le sens et la portée de chacune de ses phrases.

Dans cette logique, toutes les œuvres présentées dans l’exposition marqueront, chacune à leur manière, un point d’incompréhension entre l’homme et l’homme, l’homme et la machine ou entre la machine et la machine. Il s’agira aussi de marquer les nuances qui caractérisent les phénomènes d’incompréhension. Celles qui sont volontaires et appliquées, celles qui appartiennent aux distorsions naturelles du langage, aux pratiques de transposition d’un médium vers un autre, aux conflits entre les objets et les esprits, aux manipulations du sens, jusqu’aux interprétations hasardeuses des rêves ou des fantasmes. Toute erreur peut aussi produire du sens, ou à défaut, une œuvre d’art.

L’exposition s’appuiera pour cela sur plusieurs générations d’artistes qui ont tous pour point commun d’avoir développé des travaux liés aux spéculations du malentendu. Elle donnera également lieu à un travail de collaboration avec l’Ecole Nationale Supérieure d’Art de la Villa Arson, autour d’un groupe d’enseignants, suivi d’une programmation cinéma avec l’Eclat (Nice). Une traduction n’étant jamais définitive, l’exposition maintiendra un principe de transformation permanente : différentes actions, performances, conférences seront organisées à différentes étapes de la programmation. Par ailleurs, deux artistes en résidences, Érik Beltran et Yann Sérandour, développeront des workshops au cœur de l’exposition.

Liste non définitive des artistes pressentis : A Constructed World, Boris Achour, Bas Jan Ader, Laurie Anderson, Art & Language, Renaud Auguste-Dormeuil, Gilles Barbier, Robert Barry, Niel Beggs, Erick Beltran, Stéphane Bérard, Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Bainbridge Bishop, Pierre Bismuth, Mel Bochner, Marcel Broodthaers, Angela Bullock, Marc Chevalier, Ma Chong, Gérard Collin-Thiébaut, Tony Conrad, Le Corbusier, Georges Demmeney, Angela Denatico et Rafaël Lain, Jacques Derrida, Paul Devautour, Julien District, Marcel Duchamp, Anthony Duchêne, Eric Duyckaerts, Omer Fast, Hans-Peter Feldmann, Robert Filliou, Francesco Finizio, Henry Flynt, Oskar Fischinger, Ryan Gander, Jean-Baptiste Ganne, Mark Geffriaud, Alexandre Gérard, Felix Gmelin, Felix Gonzalez-Torres, Dan Graham, Rodney Graham, Joseph Grigely, Brion Gysin, Raymond Hains, Carsten Holler, Hans Hollein, Pierre Huyghe, Ben Kinmont, Joachim Koester, Sylvia Kolbowski, Jiri Kovanda, Christine Kozlov, Thierry Lagalla, Bertrand Lavier, Pierre Leguillon, Maurice Lemaître, Sherrie Levine, Mark Lombardi, Alvin Lucier, Kazimir Malevich, Lyonel March, Christian Marclay, Laszlo Moholy-Nagy, Jonathan Monk, Robert Morris, Bruce Nauman, Rivane Neuenschwander, Dennis Oppenheim, Philippe Parreno, Polycarp Poncelet, Antoine Poncet, Will Potter, Steven Prina, Noël Ravaud, Roche & Sie, Avital Ronell, Allen Ruppersberg, Bettina Samson, Yann Sérandour, Richard Serra, John Smith, Nedko Solakov, Superville, Elaine Sturtevant, Pierre Thoretton, Cerith Wyn Evans, Yannis Xenakis...

L’exposition se tiendra au Centre National d’Art Contemporain de la Villa Arson entre février et mai 2010.

Commissaire : Eric Mangion.
Commissaires associés : Dean Inkster et Sébastien Pluot.

1 Transmission, organisée au Centre National d’Art Contemporain de la Villa Arson du 18 mars au 2 juin 2006, réunissait trois expositions en une. La première était consacrée au Poïpoïdrome de Robert Filliou et Joachim Pfeufer. La seconde réunissait une partie de la collection Ephéméras du Centre National de l’Estampe et de l’Art Imprimé de Chatou (CNEAI). La troisième était consacrée à l’artiste anglais Jeremy Deller sur une proposition de Christophe Kihm. Un numéro exceptionnel de la revue Multitudes avait été publié pour l’occasion sous le titre Transmission.

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